A la suite de Libération, le Canard enchaîné parle de la vie sans hypermarché à Puy-Guillaume en Auvergne. Avec une certaine délectation, le tonitruant Michel Charasse, maire à l’époque de ce village de 2700 habitants, raconte la venue de trois hommes de la grande distribution qui lui laissent une enveloppe contenant 500 000 francs. L’un d’eux lui dit « qu’il en aura bien l’utilisation… ». Mais Charasse n’est pas du genre à se laisser faire. Ni une, ni deux, il répond que si c’est une tentative de corruption, il appelle le garde champêtre qui notifiera le délit et si c’est une donation pour le bureau d’aide sociale de la ville, il leur signe un reçu. Les hommes surpris par sa réaction répondent en bafouillant que  « oui, c’est un don… ».

Il n’y aura jamais d’hyper ou de super à Puy-Guillaume et la vie économique locale s’en ressent avec pas moins de 38 commerces pour l’habillement ou l’alimentation.

 Je ne peux m’empêcher de comparer Puy-Guillaume avec Toucy, puisque c’est le même nombre d’habitants. Certes, la « capitale » de la Puisaye a encore des commerces en centre-ville, mais qui vivent difficilement avec la concurrence des deux supermarchés et des deux grands magasins de bricolage. Ajoutons à cela que les « hypers » sont, tout de même, loin vers Auxerre.

 La France est pour une fois championne du monde. Cela pourrait nous réjouir si ce n’était un autre record que la densité d’hypermarchés par habitant. On trouve dans l’hexagone un hypermarché pour 46 000 habitants, alors qu’en Allemagne c’est pour 51 000 et en Italie pour 130 000. Curieux pour un pays dont on rabâche sans cesse qu’il est sous-équipé au niveau des supermarchés à cause de la loi Royer (voir document ci-joint) ?

LA_GRANDE_DISTRIBUTION_FACE_A_LA_LOI_ROYER

 La grande distribution française représentée par ses cinq grands groupes (Carrefour, Casino, Leclerc, Auchan et les Mousquetaires) a fait un chiffre d’affaires de 245 milliards d’euros (en 2009), soit l’équivalent du PIB du Venezuela ou la Colombie et cinquante fois celui du Niger. Mais hélas, malgré leur implantation dans le monde entier (Carrefour est le second distributeur mondial), les ventes marquent le pas, voire chutent carrément ! Toujours à la recherche des nouvelles formes de consommation, la grande distribution se cherche… Actuellement elle lorgne du côté du bio, qui est pourtant un nain économique (3,3 milliards d’euros) pour elle, mais qui connaît des progressions parfois à deux chiffres selon les années. Bien sûr, quand la grande distribution se met au bio, c’est avec ses méthodes d’étranglement des agriculteurs, des coûts et de l’éthique. D’ailleurs, la plupart des produits bio proposés en supermarché, vient de l’autre bout de la planète. De même quand l’hypermarché tente de séduire la clientèle avec le nouveau concept de la proximité, le producteur local n’est jamais bio. On ne peut pas tout avoir !

 

Alors comment peut-on encore s’étonner de trouver du cheval dans des lasagnes au bœuf ?

 

à lire absolument : "La bio entre buisiness et projet de société" éditions Contre-feux/Agone

 

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